lundi 8 février 2016

Antoine dessine moi un lion

parce que les moutons, on a donné ...

 
sculpture papier plâtre, aquarelle et collage



Que les amateurs de prodiges
La fleur du meeting aérien
Tout le gratin de la voltige
Gardent leurs casques à la main
Je vais sur l'heure exécuter
Malgré ma sainte horreur du vide
Quelques figures intrépides
Dans mon aéroplane blindé
Suis-je distrait ?
Moniteur, s'il vous plaît
À quoi peut bien servir un manche à balai
Qu'est-ce que j'ai dit qui vous fait cet effet
Le fait que je m'effraie d'affronter 

 

 


Dans la cabine de pilotage
Tous ces cadrans, tous ces leviers
Qui semblent narguer mon courage
Juste au moment de démarrer
C'est parti
Mon dieu quel furieux décollage
Planquez tout, fou dang'reux
Dans un rouleau de barbelés
N'en jetez plus c'est assez
Pendu au train d'atterrissage
J'en suis toute retournée
Quelques curieux décapités
Quel carnage mes aïeux
Malgré ce sérieux handicap
Oh, mon glorieux coucou
On vas s'taper un p'tit rase-motte
On s'amuse comme des fous
Bilan : trois cents kilos d'carottes
Épluchées d'un seul coup
Mon copilote a une attaque
Sauve qui peut, lâchez tout
Il a gerbé tout son ragoût
Sur les g'noux d'un sapeur-pompier

 

 

Dont on s'demande bien ce qu'il fout, hein ?
Dans mon aéroplane blindé
Allez sortez, sortez ou alors sifflez

Dans mon aéroplane blindé
Un déluge providentiel
Fait que deux belles effarouchées
Cherchent refuge sous mes ailes
Attention les gamines pour le vol du bourdon
Va y'avoir du frisson dans l'échine
À fond les gaz, on attaque un looping
Juste à la sortie du grand canyon
Hostie d'calice j'ai comme la sensation
D'être un chewing-gum au fond d'un lance-pierres
Manekenpiss, v'là qu'on r'part en arrière
Z'ont dû monter l'hélice à l'envers
Dans mon aéroplane blindé

Y'a qu'à moi qu'ces trucs-là arrivent
Jamais vu ça même au ciné
C'est l'overdose de la dérive
V'là qu'le moteur a des hoquets
Une merveille de technique
Pour les chandelles et les piqués
Surtout pas de cris hystériques
Grosse brute
J'avais prévu en cas de chute
Quelques coupons de toile de jute
Pour me servir de parachute
Qu'est-ce qu'elles ont toutes à ricaner
Ah oui la terre se rapproche
À la vitesse d'un grand V
Prêt pour la dernière taloche

Sous sa fragile sépulture de toile et de tôle éventrée
Gît un héros de l'aventure dans son aéroplane?
blindé

Dans mon aéroplane blindé - Jacques Higelin  

 

mercredi 3 février 2016

Orphée et Béatrix en balade dans le deuxième cercle

Amour qui nous contraint d'aimer quand on nous aime,
De son bonheur à lui si fort m'éprit moi-même,
Que cette ardeur toujours me brûle, tu le vois.
Amour à tous les deux nous a coûté la vie; 

 

aquarelle et collage sur toile, format 80/80cm

 

Deuxième cercle des Enfers : les Luxurieux (Chant V).Dante

 

 

 

 

samedi 30 janvier 2016

Don Rodrigo de Borja

sculpture papier et plâtre, aquarelle et collage  



 

La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

 

 

 

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

 

 

 

 

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

 

jeudi 28 janvier 2016

Hototo

sculpture papier et plâtre, aquarelle et collage

 

Dans la maison faite d’aurore
Dans la maison faite de crépuscule
Dans la maison faite de sombres nuages
Dans la maison faite de pluie mâle
Dans la maison faite de sombre brouillard
Dans la maison faite de pluie femelle
Dans la maison faite de pollen
Dans la maison faite de sauterelles
Quand le sombre brouillard barre la porte
Le chemin pour le traverser se trouve dans l’arc-en-ciel
Quand les éclairs zigzaguent sur le faîte
Quand la violente pluie bat les cimes
Oh, mâle divinité !

 

 

Avec tes mocassins de nuage sombre, viens à nous
Avec tes jambières de nuage sombre, viens à nous
Avec ta chemise de nuage sombre, viens à nous
Avec ta coiffe de nuage sombre, viens à nous
Avec ton esprit enveloppé de nuage sombre, viens à nous
Avec le sombre tonnerre au-dessus de toi, élance-toi vers nous
Avec les nuages façonnés à tes pieds, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité lointaine faite de sombres nuages au-dessus de ta tête, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité lointaine faite de pluie mâle au-dessus de ta tête, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité lointaine faite de pluie femelle, élance-toi vers nous
Avec les éclairs sur le faîte, au-dessus de ta tête, élance-toi vers nous
Avec l’arc-en-ciel accroché à la voûte au-dessus de ta tête, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité lointaine faite de sombres nuages au bout de tes ailes, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité de la terre, viens à nous
Je t’ai offert le sacrifice rituel
J’ai préparé le pollen pour toi.

 

 


Fasse que mes pieds se rétablissent
Fasse que mes membres se rétablissent
Fasse que mon corps se rétablisse
Fasse que mon esprit se rétablisse
Fasse que ma voix se rétablisse
Maintenant, arrache ce sortilège de moi
Aujourd’hui, emporte ce sortilège pour moi.
Loin de moi, tu l’as traîné
Loin de moi, il s’en est allé
Tu as fait cela.
Avec joie, je me rétablis
Avec joie, mon intérieur s’apaise
Avec joie, mes membres retrouvent leur force
Avec joie, ma tête devient calme
Avec joie, j’entends à nouveau
Avec joie, je marche
Insensible à la douleur, je marche
La lumière en moi, je marche
Sentant la vie, je marche.
 

 

 


Avec joie, les enfants te regarderont
Avec joie, les ainés te regarderont
Avec joie, dispersés dans différentes directions, ils te regarderont
Avec joie, comme ils s’approcheront de leurs maisons, ils te regarderont
Avec joie, puissent-ils tous rentrer.
 

 

 

Dans la beauté, je marche
Avec la beauté devant moi, je marche
Avec la beauté derrière moi, je marche
Avec la beauté au-dessus de moi, je marche
Avec la beauté au-dessous de moi, je marche

Avec la beauté tout autour de moi, je marche

Tout est fini dans la plénitude

Tout est fini dans la plénitude

 

mardi 26 janvier 2016

Fiztcarraldo

sculpture papier et plâtre ,aquarelle et collage



" J'ai attaché mon bateau à des étoiles sèches et peureuses cette nuit. Des fruits inconnus sont tombés d'un arbre inconnu lorsqu'il a fait nuit noire, claquant sur le sol humide tout autour de ma maison. "

ConquÊte de l'inutile de Werner Herzog

 

 

dimanche 24 janvier 2016

Le Danseur et le Poète

aquarelle et collage format 80/80cm



Bipède volupteur de lyre

Epoux châtré de Polymnie

Vérolé de lune à confire

Grand-Duc bouillon des librairies

Maroufle à pendre à l'hexamètre

Voyou décliné chez les Grecs

Albatros à chaîne et à guêtres

Cigale qui claque du bec


Poète, vos papiers !

Poète, vos papiers ! 

 

 

J'ai bu du Waterman et j'ai bouffé Littré

Et je repousse du goulot de la syntaxe

A faire se pâmer les précieux à l'arrêt

La phrase m'a poussé au ventre comme un axe


J'ai fait un bail de trois six neuf aux adjectifs

Qui viennent se dorer le mou à ma lanterne

Et j'ai joué au casino les subjonctifs

La chemise à Claudel et les cons dits " modernes "


Syndiqué de la solitude

Museau qui dévore du couic

Sédentaire des longitudes

Phosphaté des dieux chair à flic

Colis en souffrance à la veine

Remords de la Légion d'honneur

Tumeur de la fonction urbaine

Don Quichotte du crève-coeur 

 



Poète, vos papiers !

Poète, Papier ! 

 

 

Le dictionnaire et le porto à découvert
Je débourre des mots à longueur de pelure
J'ai des idées au frais de côté pour l'hiver
A rimer le bifteck avec les engelures

Cependant que Tzara enfourche le bidet
A l'auberge dada la crotte est littéraire
Le vers est libre enfin et la rime en congé
On va pouvoir poétiser le prolétaire

Spécialiste de la mistoufle
Emigrant qui pisse aux visas

 

Poète, vos papiers !

Poète, Papier !